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► Monica Swinn: Les mots qui reviennent le plus souvent à propos de votre travail sont «onirisme» et «poésie»… A mon avis, vos images ont aussi un côté très charnel. Leur chair est émouvante, on la sent sent fragile, éphémère… Serait-ce une incitation à profiter plus intensément de l’instant?

► Monica Swinn: Oui, j’aime que vous le remarquiez. Je ne reste jamais bien longtemps dans la contemplation aérienne. Je m’intéresse à la peau – je ne crois pas être seulement suspendue dans un rêve (ou un cauchemar). Je m’attache particulièrement à montrer quelque chose d’un peu brut ou d’un peu rugueux: qu’il s’agisse d’une texture de mur, de trottoir, d’écorce d’arbre – ou de peau. Je suis amoureuse des peaux – de la texture des peaux, surtout si elles ont des bleus, des cicatrices, des marques, toutes sortes de petites blessures. J’aime les peaux un peu blêmes, voire un peu bleues, ou dorées par le soleil.  Il s’agit, oui plus que jamais, de retenir le moment «T», dans lequel la peau raconte des histoires qui seront bientôt effacées.

► Monica Swinn: La revue ‘‘Elegy’’ (n° 52)  — entre autres — a publié certaines de vos photos; aujourd’hui, vous êtes éditée par Ragage. Avez-vous le sentiment d’appartenir à la mouvance Dark?

► Lynn SK: Il faut que je vous dise que mon éditeur s’est récemment fait piquer par une araignée et qu’il a eu une nécrose au cou, mais la seule chose qu’il a trouvée à dire quand un médecin affolé lui a donné des antibiotiques a été: «Je peux continuer à boire?». Y a-t-il plus dark? Plus sérieusement, difficile de répondre à cette question: oui et non. Mes photos ne sont pas très torturées (plutôt étranges ou dissonantes), mais j’imagine qu’elles contiennent suffisamment de noirceur pour être reçues dans l’esthétique dark au sens large du terme. Ce qui est clair, c’est que la plupart des gens de mon entourage, je les ai rencontrés par la musique, et la musique un peu alternative. Récemment je suis arrivée à la conclusion que ce qui nous reliait, cet instinct communautaire, ce n’est pas le fait de se dire «dark» mais une culture commune, et savoir qu’on peut parler du post-punk à Dario Argento en passant par Lydia Lunch en buvant trop de bières sans se sentir terriblement seul. Je n’ai jamais l’impression d’appartenir à quoi que ce soit, même si avec ma peau blanche et mes cheveux noirs je n’ai pas besoin de faire grand-chose pour être traitée de goth; je ne sais jamais trop quoi répondre, vu que ce mot on l’utilise entre amis pour se faire des blagues, mais j’imagine que vu de l’extérieur, ou dans les médias, on l’utilise pour désigner des choses sombres, mélancoliques et néo-baudelairiennes, la mort et tout ça. Personnel- lement ce que j’aime dans le milieu dark c’est tout ce qui est drôle: le sens de la fête, l’excès – je ne suis jamais beaucoup allée en boîte de nuit, mais je n’ai pas l’impression qu’ils sont du genre à se rouler par terre en buvant du whiskey pur. Pour moi être dark, c’est boire des bières en foutant le bordel.
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En photo, c’est peut-être pareil: on est dans l’excès, du sentiment, de l’expression – personne ne vous reprochera d’avoir représenté telle chose. En même temps, je les trouve un peu frileux, parfois, dans le dark: ils sont finalement hyper conventionnels, dans le sens où leurs sujets, leurs modèles sont dark ou alternatifs, mais leur manière de faire est absolument mainstream, clean, comme s’ils avaient pleinement hérité de l’aspect ultra-glossy-lisse de l’image marchande. Je vois beaucoup de choses comme ça, ça ne m’intéresse pas trop, je préfère les choses brisées.
Je me sens à l’aise largement plus à l’aise dans les milieux underground, ça c’est sûr, personne ne m’y a jamais demandé quel était mon «message», mais peut-être c’est une construction mentale, je me méfie de tout étiquette, il faut sans cesse créer du lien, créer du réseau, tisser ses propres connexions d’amitiés fusionnelles et d’événements artistiques, au-delà des mots dont la culture se sert pour nommer la contre-culture, quand elle est impuissante à en vivre le sentiment. Maintenant j’arrête, parce qu’à parler de liens et de devenir-être je vais me mettre à citer Deleuze en bordel.
 
► Monica Swinn: Et pour terminer: y a-t-il une question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre?

► Lynn S.K.: Oui, par exemple: «Dites Lynn, n’auriez vous pas envie de faire un peu de promo pour votre soirée de dédicaces aux Cabinet des Curieux, le jeudi 27 mai à partir de 18 h 30?». Et je répondrais: «Tout à fait, comment avez-vous deviné?»



– THE END –
Retrouver Lynn S.K. dans son site et dans sa page Facebook.
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Lynn S.K. – autoportrait
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© Lynn S.K.
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