► Martin Edenik: Vous avez déclaré au site d’informations ‘‘Rue 89’’ «qu’on était [en France] dans un pays ultra communautaire». Faut-il comprendre «communautariste» et, du coup, que vous êtes une laïque? L’emprise croissante du religieux et l’obscurantisme qui lui est consubstantiel sont-ils pour vous une cause d’inquiétude, voire d’angoisse?
► Bams: Que nous dit l’histoire? Ce sont les esclaves noirs que l’on empêchait de se réunir, rébellion possible, il fallait pour les oppresseurs/dominants/blancs pouvoir écarter toute forme de fuite des oppressés/ dominés/noirs. En ce début de XXIe siècle, nos sociétés du Nord en gardent encore la trace. Une bande de jeunes Noirs, Maghrébins, Roms ou même Chinois, ça fout les jetons à l’inconscient. Par contre, de l’autre côté, jamais nommé, un directoire politique, médiatique, institutionnel, une organisation essentiellement blanche ça ne pose de problème à personne ou si peu. Une fois encore, je demande où est le communautarisme, où est le capital et où est le pouvoir?
Pour ce qui est de la deuxième question, je ne comprends pas. Religieux, obscurantisme consubstantiel, il y
aurait un lien évident? Il m’échappe. Je suis animiste et parle spiritualité.
Si c’est d’Islam dont vous aimeriez que je parle, je préfère que des concernés s’expriment. La seule chose qui me parait évidente, c’est que dans tous ces livres (Coran, Torah, Bible), le «Tu ne tueras point» est un précepte donc, à priori, ceux qui tuent en Son nom ne sont pas des croyants mais de funestes
usurpateurs gouvernés par leurs frustrations. Maintenant ce que je pense de la merde actuelle...
Boomerang, on ne peut pas exploiter, humilier, piller, user d’ingérence, manipuler, tuer éternellement sans être à son tour fauché par cette folie destructrice et criminelle. Se cacher derrière ses hommes politiques, s’en déresponsabiliser, n’y changeront rien. Va falloir assumer, changer de système, de mode de consommation, de mode de développement... Changeons de valeur. Le capitalisme n’amènera jamais ni le plein emploi, ni la paix sociale, de la pub, des
multinationales en paradis fiscal et une élite toujours plus corrompue, ça oui.
► Martin Edenik: Vous étiez, par votre musique, aux côtés de ces femmes merveilleuses qu’a filmées Jean-Pierre Thorn dans son indispensable ‘‘Allez! Yallah!’’. Ces femmes, et toutes les autres femmes qui résistent, un peu partout dans le monde, au poison insidieux des islamistes,
livrent-elles un combat perdu d’avance? Comment dessiller les yeux de nos politiques, si complaisants envers un
certain Islam? Comment les réveiller?
► Bams: Je suis une afro féministe, en cela je serai toujours derrière le choix des femmes, qu’elles soient ici voulant porter le voile ou là-bas, voulant s'en défaire. Chaque État a son contexte historique d’où découle une avancée de droit pour les peuples de chacun. Il n’y a pour moi aucune contradiction, mon postulat de départ étant que l’Humanité est plurielle et que seule la tolérance devrait être politiquement défendue par tous les États. Pour les politiques, je n’ai pas la naïveté de les croire ignorants. Dans notre société, telle que constituée actuellement, les gens de pouvoir savent très bien ce qu’ils font et défendent, ils sont d’ailleurs là pour cela, défendre l’intérêt du grand Capital, pas du peuple.
► Martin Edenik: Y a-t-il une cause que vous soutenez et à propos de laquelle vous auriez aimé dire quelques mots? Un sujet que vous auriez aimé aborder ici?
► Bams: L’amour, l’ouverture au monde, à l’autre, à ce que l’on ne connaît pas, plus que jamais, on doit précieusement s’y accrocher. Sans l’Amour comme leitmotiv, les peuples noirs n’auraient jamais survécu à cinq siècles d’éradication programmée. Sans Amour, on n’assumera jamais de regarder toutes les lignes de notre histoire et rien de
solaire n’en ressortira.
► Martin Edenik: Quelles sont les qualités humaines que vous appréciez le plus? Et ce que vous détestez chez les humains?
► Bams: J’aime la gentillesse, les poètes, les fous, les extravagants, les aventuriers, l’alcool, le sexe, la bouffe, les magiciens et la science-fiction. J’aime beaucoup moins l’égoïsme, l’egocentrisme, la brutalité et la vie monochrome.
► Martin Edenik: Quel sera votre mot de la fin?
► Bams: «Le monde de demain, quoi qu’il advienne, nous appartient». Si on faisait tous au mieux ☺?
Merci et bon vent à tous !
Light, Force & LoV’
– The End –